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TRIBUNE LIBERTAIRE 
 
No. 2
En attendant la rencontre entre Carmen et Carmina

   Il est notoire que la tribu du Spectacle musical adore s’exciter sur des événements successifs, pour les noyer dans l'éphémère. Après une douloureuse hémorragie de mauvaises idées, ils ont trouvé, apparemment, la solution pour leur pathologie actuelle : La photographie qui, en plus, est le sujet idéal pour qu'il brasse l’air du temps. Pour en avoir la primeur tout appréciateur doit donc d'être ravi de pouvoir se défouler sur une pellicule morte et numérisée de la Prima Donna Asoluta et/ou du Maestro mythique du 3ème Reich.

   Dans le domaine de la ré-editon cellophanée au parfum de naphtaline synthétique, on nous assure que les boîtiers se vendent même sans média à l'intérieur pour ne pas risquer d'éloigner les moutons de la canne du berger. Aduler les voitures et robes du soir, en suggérant éventuellement quelques modifications au "jeu pictural", c’est entrer dans le cercle des gens modernes qui vivent en phase avec leur époque. C’est être assez fin pour prendre son plaisir avec du recul, au 3ème ou au 4ème degré.

   Ce qui est merveilleux avec les musiques-spectacles, c’est qu’on dise blanc ou noir, on gagne à tous les coups. Une sorte de cercle auto-alimenté fait se répercuter les "infos" en les amplifiant. Les commentaires se répondent les uns aux autres tandis que les lecteurs-spectateurs-auditeurs consomment les opinions diverses qu’on fabrique pour eux. Ils ont le droit de voter, d’être sondés, et, parfois, suprême honneur, de donner leur "avis", s’il ne sort pas trop des canons établis "naturellement" par la propagande et les dictâtes des ratios publicitaires. De toute façon, on leur demande de choisir blanc ou noir, pas de réfléchir et de se livrer à une spéculation anti-abrutissante. 

   Critiquer les excès caricaturaux du système, en l’occurrence un "jeu" glaviot, ne peut pas avoir beaucoup d’effet. Les Seigneurs de la Pensée récupèrent tout et ne peuvent que les renforcer. Même les diatribes contre "La photo à musique" apportent leur contribution qui broie la réalité pour la transformer en culte d'horreur.

   Essayons de prendre de la distance et un point de vue transversal pour observer le substrat sur lequel les "éditions" consacrées à remplir et/ou vider les salles et/ou vendre ou exclure des enregistrements peuvent sortir de la fange ordinaire pour se développer sous le jour artificiel des projecteurs.

   S'ils existent, c’est qu’il y a un marché, un public potentiellement impuissant de trouver autre chose. Mais, manque de chance cela marche de moins en moins à cause d'un manque d'argumentation quelconque car les Maîtres à penser ne comprennent pas ce qu'ils ne sont pas capable de dire, mais, dans ce domaine, nul ne peut les aider.

Le jeux des nouvelles habillages : 

   Pour qu’un tel "jeu" puisse se faire, il faut des participants. Pas de problèmes, malgré les risques et les contraintes, une multitude de nouveau-nés sont prêts à se battre e pour la cause du sur-maquillage. Les élus au sacrifice suprême, montreront leur mines consommables pour se transformer en une vela-vedere-vedetta-VEDETTE Charmante. Mais une fois le charme passé ils redeviennent des grenouilles à paillettes. La vanité même fugace et dégradante, vaut tout l’or du Rhin. On accepte bien un travail salarié mal payé et précaire, pourquoi ne pas devenir temporairement un petit pantin mignon.  

   Mais, post-capitalisme oblige, il faut ceux qui les fabriquent et diffusent. Là aussi, pas de difficultés, la quasi-totalité des marchands mondiaux sont prêtes à toutes les portions magiques pour essayer de re-gagner les parts de marchés perdus à leur insu, c’est leur métier. Ils font leur boulot de chasseuses professionnelles pourvoyeuses d’émissions-supports publicitaires, mais jadis elles disaient que personne n’est obligé de mordre la gélatine qui sort de leur ventre. 

   Ce "jeu-pelliculaire" est la suite logique de ce qui existe déjà depuis longtemps, que ce soit en France ou ailleurs. Manipulation et gangrène publicitaire, exploitation et racolages divers... Sa nullité caricaturale et ses modalités techniques un peu nouvelles permettent de révéler de manière crue la médiocrité que l'entoure.

   Consciemment ou non, ceux qui se focalisent sur ce "jeu" invitent à oublier le reste. Les médias commerciaux effacent leurs propres manipulations en s’en prenant à ceux qui ont fait les premiers un pas de plus. Peut-être certains sont jaloux de ne pas avoir osé les premiers et se vengent en jouant les vertueux défenseurs de l’éthique jadis abandonnée ? 

   Dans le petit monde occulte des catalogues et des agendas musicaux ont s'est construit un petit bourg à part et en jouant les concubins de circonstance ses natifs conservent leurs graisses. Pas d'école, pas d'arrière plan, mais, néanmoins, les mêmes moules de pensée. Ils sont sélectionnés pour leur conformisme aigrie et l'autosatisfaction dans leur souverain jugement. 


   De lui-même, le système s’autorégule et reste dans le conformisme douceâtre. Les lois implacables des marchés, les castes auto-reproduites protègent contre toute intrusion d’éléments perturbateurs, plus sûrement et plus proprement que les exécutions sommaires. Les quelques parias sont, de toute façon, étouffés par les avalanches continues de pub et de guimauve. Mais attention ! châtiment suprême : indifférence et interdiction. Dans les fondements de leur intolérance, quelques brebis empaillées sont tolérées, et mêmes célébrées, elles ont aussi leur rôle à jouer, elles donnent le change en faisant croire qu’une alternative existe, elles ajoutent une nuance à la palette du spectacle, c’est la petite touche de piment qui ne change rien à l'odorat de l’ensemble. 

   Oui, la liberté d’expression artistique est incompatible avec un tel système, voué à l’auto-célébration de ce qu'ils croient avoir perdu mais qu'ils n'ont jamais possédé. Ils sont bien obligés, malgré leurs âmes sensibles et s'ils en ont une, de montrer quelques carnages, mais c’est pour qu’on apprécie davantage notre sort enviable et qu’on se contente avec délice des carcans étouffants fabriqués sur mesure pour nous vider. Ainsi, dans le cime de leur inconscience, ils pourront plus facilement inoculer ses conditionnements et réflexes, ils ne rencontreront plus aucune résistance.


Wolfgang Machill

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