Il y a fort longtemps, lorsque je militait dans
un cercle d'étudiants anarchistes à l'Université
de Nanterre , j'eu l'idée de poser aux "anciens"
du mouvement, la question suivante :
"D'après vous,
qu'y a t'il de commun entre
Michel BAKOUNINE,
Francisco FERRER, Pierre Joseph PROUDHON, Elisée
RECLUS, Jules VALLES et Louise MICHEL ?
"Ce sont tous
des théoriciens de l'anarchisme"
me
répondirent-ils en choeur !
"Et savez-vous
qu'ils étaient aussi franc-maçons ?"
Ma réponse les
embarrassa plus qu'autre chose et je me rendis
compte à quel point ce fait était ignoré dans le
milieu libertaire ... voire tabou
Pour répondre à
la question "Dans quelles conditions et pourquoi
Louise Michel est entrée dans la
Franc-maçonnerie?" il a fallu que je replace
l'évènement dans le contexte maçonnique de
l'époque.
J'ai structuré le présent texte en trois parties
: en essayant de faire court :
1°/ La Franc-maçonnerie
mixte française du début du siècle :
1.1 La Loge "Les Libres
Penseurs" à l'Orient du Pecq de la Grande Loge
Symbolique Ecossaise (GLSE 1880 - 1895)
1.2 La Grande Loge
Symbolique Ecossaise mixte de France "Le Droit
Humain" (1893-1901) qui deviendra L'Ordre
Maçonnique Mixte International "Le Droit Humain"
le 12 Juin 1901
1.3 La Grande Loge
Symbolique Ecossaise "maintenue et mixte" (GLSE
II) (1897-1911)
2°/ L'initiation de Louise
Michel le 13 Septembre 1904 , suivie de sa
première conférence le lendemain sur le thème du
féminisme
2.1 - L'initiation - 13
Septembre 1904 à la Loge "La Philosophie Sociale"
de la GLSE II "maintenue et mixte"
2.2 - La conférence - 14
Septembre 1904 à la Loge "Diderot" de la GLSE II
sur le thème du féminisme
3°/ La courte vie
maçonnique de Louise Michel (1904-1905)
Bibliographie
1°/ La Franc-maçonnerie mixte française du
début du siècle
1.1 La Loge "Les Libres Penseurs" à l'Orient
du Pecq de la Grande Loge Symbolique Ecossaise
(GLSE) 1880 - 1895
Vers la fin du
19ème siècle en France, la maçonnerie écossaise
(masculine) était regroupée au sein d'une
obédience (aujourd'hui disparue) appelée Suprême
Conseil De France (SCDF)
La dénonciation
des statuts monarchiques du SCDF , par certains
de ses Ateliers provoqua une dissidence de 12
loges , qui fondèrent le 11 Juillet 1880 La
Grande Loge Symbolique Ecossaise (GLSE).
Elle se réclama,
selon l'expression de Goumain-Cornille, du
principe du " Franc-Maçon libre dans la loge
libre " c'est-à-dire débarrassée de la tutelle
d'un Suprême Conseil... et d'un Grand Architecte
de l'Univers
Il évoque les
principes de la nouvelle Obédience : aux Suprêmes
Conseils, l'administration des hauts grades, aux
Grandes Loges, le gouvernement des Ateliers
symboliques. Cette obédience resta modeste, ne
comportant guère plus de 37 loges, mais joua un
rôle déterminant :
C'est au sein
d'un atelier de la GLSE : la Loge "Les Libres
Penseurs" à l'Orient du Pecq ; qu'une certaine
Maria Deraismes fut initiée le 14 janvier
1882.
Contre l'avis
des députés des loges de la GLSE (qui
souhaitaient fusionner avec le Grand Orient) la
Loge " Les Libres Penseurs " inscrivit le
principe de l'initiation féminine dans son
règlement intérieur et se proclama Loge autonome
le 9 Janvier 1882, quelques jours avant
l'initiation de Maria Deraismes (le 14 janvier
1882) en présence de George Martin membre de la
Commission exécutive de la GLSE.
Cette première
tentative de constitution d'une loge mixte n'eut
pas de suite et la loge se mit en sommeil.
La GLSE
fusionnera avec quelques loges du SCDF pour
donner La Grande Loge de France (GLDF) en 1895.
1.2 - La Grande Loge Symbolique Ecossaise
mixte de France "Le Droit Humain" (1893-1901)
Deux ans avant
la dissolution de la GLSE , le 14 Mars 1893 :
Maria Deraismes initie 17 femmes.
Parmi elles :
Marie Bequet, Clémence Royer, Maria Martin, Anna
Feresse-Deraismes, Marie Pierre, Marie-Georges
Martin.
Le 1er avril
1893, ces dernières ayant atteint la maîtrise
(sic), Maria Deraismes affilie Georges Martin et
crée une loge mixte.
Le 4 avril 1893,
est déposée au Ministère de l'Intérieur la charte
de La Grande Loge Symbolique Ecossaise "Le Droit
Humain", obédience qui se veut mixte et
internationale selon le dessein de sa fondatrice.
Le rayonnement
de la GLSE mixte de France "Le Droit Humain" est
important et de nombreux féministes, hommes et
femmes demandent à y entrer.
La tradition de
l'Ecossisme est basée sur l'existence d'un
Suprême Conseil, chargé de délivrer les patentes
constitutives d'ateliers travaillant jusqu'au 33e
degré.
Décembre
Allonier, féministe convaincu et 33e du Grand
Collège des Rites du GODF, élève plusieurs
membres de la nouvelle obédience au 33e degré,
dont Georges Martin (qui ne possédait que le 30e
degré, obtenu à la GLSE).
Le Suprême
Conseil Universel Mixte International est
proclamé le 11 Mai 1899.
Les
Constitutions de l'Ordre indiquent que les
membres travailleront au Rite Ecossais Ancien et
Accepté (REAA).
La Grande
Loge Symbolique Ecossaise mixte de France "Le
Droit Humain" ne devient L'Ordre
Maçonnique
Mixte International "Le Droit Humain" que le 12
Juin 1901.
Une maçonnerie
mixte s'étend à travers les continents, sous la
(pesante) houlette d'un Suprême Conseil
International.
En France, les
Ateliers du Droit Humain sont généralement
féministes et rationalistes.
En terre
anglo-saxonne (avec Annie Besant) ils servent de
support à la théosophie.
1.3 - La Grande Loge Symbolique Ecossaise
"maintenue et mixte" (GLSE II) (1897-1911)
En novembre1895
un « Congrès de la fusion écossaise » réunit les
Loges bleues du SCDF et la GLSE.
La réunification
n'aboutira pas immédiatement, mais la Grande Loge
de France (GLDF) sera créée.
Deux loges de
l'ancienne GLSE refuseront cette union : La n°24
"Diderot" et la n°42 "Les Inséparables de
l'Arc-en-ciel". Le 23 Juin 1897 se tiendra une
réunion "dans le but de réorganiser l'obédience
de la GLSE"
La GLSE
"maintenue" (GLSE II) conservera la Constitution
de la première GLSE.
Le premier
président élu est Raoul Urbain (1837/1902),
ancien membre du Conseil de la Commune condamné
aux travaux forcés à perpétuité mais libéré par
l'amnistie.
La Constitution
définitive est votée le 10 Juin 1901. La
déclaration de principes, placée en préambule,
présente la nouvelle devise de l'obédience
"Liberté Egalité Fraternité Solidarité".
Elle se réfère
explicitement au rationalisme et se veut
anti-religieuse.
Une obédience
originale venait de naître : "La GLSE, maintenue
et mixte"
L'autre
originalité de cette obédience est l'attitude
d'ouverture, voire d'alliance envers la GLSE
mixte de France "Le Droit Humain" (réception de
membres du DH)
Le 20 décembre
1899, le Vénérable Haas de la Loge "La
Philosophie Sociale" déclare dans son allocution
de bienvenue que sa loge (je le cite) " fondée
sur les idées socialistes libertaires, devait
arriver forcément à admettre les S.'. maçonnes à
participer à ses travaux..."
C'est dans une
Loge de la GLSE "maintenue et mixte" que sera
initiée Louise Michel le 13 Septembre 1904.
Entre-temps, une
crise provoqua la rupture entre la GLSE II et le
Droit Humain.
Si les deux
obédiences sont mixtes et féministes, elles sont
de sensibilité politico-philosophiques
différente.
La GLSE II est
majoritairement libertaire, le Droit Humain est
plutôt radicalisant (proche du parti radical.ndlr).
Les membres de
la première prônent l'union libre et
l'avortement, les adhérents de la seconde
défendent une vision plus "bourgeoise" de la
famille, des moeurs et de la société.
La GLSE
"maintenue et mixte" se disloquera vers 1911 à la
suite de dissensions internes.
2°/ L'initiation de Louise Michel le 13
Septembre 1904, suivie de sa première conférence
le lendemain sur le thème du féminisme.
2.1 - L'initiation - 13 Septembre 1904 à la
Loge "La Philosophie Sociale" de la GLSE II
Dans une lettre,
Madeleine Pelletier revendique l'honneur d'avoir
conduit Louise Michel jusqu'à la Maçonnerie : "
Deux mois après mon initiation, je faisais entrer
Louise Michel afin de me servir de sa notoriété
universelle comme d'un puissant levier pour la
propagande de mes idées et j'organisais seule,
pendant le Convent de 1904, des tenues
exceptionnelles qui eurent, grâce à Louise Michel, un succès sans précédent."
En effet, le 13
Septembre 1904, la loge n°3 "La Philosophie
sociale" initie trois profanes devant plus de 500
maçons dans le petit Temple de la rue Rondelet:
- Henri Jacob,
- Louise Michel
- Charlotte
Vauvelle, libertaire, amie, accompagnatrice et
compagne de Louise Michel depuis 1895.
Elle est
accueillie par Charles Malato de Cornet
(1857/1938) déporté en Nouvelle Calédonie avec
ses parents, écrivain, journaliste et militant
libertaire.
Au moment de son
initiation, Louise Michel a 74 ans révolus. Sa
réception est relatée dans le "Bulletin
trimestriel de la GLSE II". (n°9, 20 Juillet
1904, pp. 58/59) par Madeleine Pelletier :
Je cite cette
dernière :
« N'est-ce pas
une honte pour la maçonnerie qu'une telle femme
ait pu répondre à son âge et sous le bandeau des
initiés : « Je serais entrée avec plaisir dans la
maçonnerie et depuis longtemps ; mais on m'a
toujours dit que la femme n'y a pas une place
égale à celle de l'homme. » ?
Point n'est
besoin d'ajouter que l'illustre profane a subi
avec courage et sincérité les épreuves morales ;
dans la vie d'une femme comme elle une initiation
pèse d'un poids bien mince.
Dans ses
réponses se dégageait nettement la citoyenne
courageuse qu'elle a été toute sa vie, et à un
Frère plutôt hostile qui lui demandait si elle
croyait devoir tuer les gens qui ne pensent pas
comme elle, elle a Répondu : « Toute vie est
sacrée et j'éprouverais la plus grande douleur à
verser le sang d'autrui ; mais si nous étions en
période révolutionnaire et qu'un meurtre fût la
condition du triomphe de mes idées, je
n'hésiterais pas une minute ».
2.2 - La conférence - 14 Septembre 1904 à la
Loge "Diderot" de la GLSE II
Le lendemain, la
jeune Apprentie participa à une tenue consacrée
au féminisme, en compagnie de cinq autres
conférenciers, dont Isabelle Gatti de Gamon
(écrivain et féministe), Paul-Maurice Legraind,
M. Soulez-Darqué et Madeleine Pelletier.
Voici
l'intégralité de la conférence que fit Louise
Michel au lendemain de son initiation, à
l'atelier "Diderot" de la
GLSE II :
LA FEMME
DANS LA MACONNERIE
"Il y a
longtemps que j'aurais été des vôtres si j'eusse
connu l'existence des loges mixtes, mais je
croyais que, pour entrer dans un milieu
maçonnique, il fallait être un homme.
Selon moi,
devant le grand idéal de liberté et de justice,
il n'y a point de différence d'hommes et de
femmes ; à chacun son oeuvre.
Ce n'est pas
pour conquérir des privilèges que nous devons
nous réunir, car, des privilèges, nous n'en avons
pas besoin. Nous allons à la conquête du monde
avec ses richesses multipliées par la science et
le travail, avec pour horizons la liberté sans
limites.
Le vieux
monde craque de toutes parts : à Rome, en Russie,
il montre ses pourritures. Pour arriver nous
tous, hommes et femmes, à instaurer la cité
nouvelle de lumière et de bonheur, nous avons à
vaincre l'ignorance et la misère qui rendent
mauvais. C'est nous, qui savons, qui sommes des
criminels si, en égoïstes, nous gardons pour
nous-mêmes nos connaissances. On manque
d'enthousiasme : il ne suffit pas de savoir, il
faut vouloir et agir.
On s'est
défié des femmes, qui sont pourtant une grande
force. La femme est un terrain facile à cultiver,
c'est un compagnon et non un esclave.
C'est à la
femme d'essayer de faire des hommes. Qu'elle
n'ait plus rien de caché, qu'elle renonce aux
puérilités et aux petites ruses qui sont une
marque de faiblesse ; qu'elle aille comme l'homme
à visage découvert ; elle sera heureuse.
Il faut que
la femme refuse de se prostituer plus longtemps
d'âme lorsque ce n'est pas de corps.
Elle-même
doit être l'artisan de son émancipation.
Que la femme
refuse de demeurer l'être inférieur que la
vieille société a prétendu faire d'elle à
perpétuité !
Et que les
hommes, armés contre d'autres hommes pour la
défense du vieux monde d'iniquités, refusent de
se faire assassins ! Que des militaires préfèrent
se faire fusiller que tirer ! Ayons, hommes et
femmes, la force de la volonté, car nous n'avons
pas celle des baïonnettes !
Nous sommes à
une époque de l'évolution universelle où la
lumière commence à rayonner : sachons en profiter
!
Eveillons,
aidons les forces latentes. Je me rappelle la
Bretagne, que j'ai parcourue il n'y a pas
longtemps pour y faire des conférences. C'est une
province qui possède de grandes ressources
d'énergie et qui est impulsive comme tous les
convertis. Il s'y passera de grandes choses
lorsque nous aurons su prendre cette province.
Elle-même
s'insurgera contre ses religions et détruira ses
églises. Les prêtres y sont plus arriérés
qu'ailleurs et, à cause de cela, il faut que les
paysans bretons libérés deviennent un peu
savants.
Les
groupements humains et les individus suivent les
mêmes lois d'évolution naturelle : hier
l'esclavage, la misère morale et matérielle ;
aujourd'hui le premier éveil ; demain l'entrée
dans le bonheur et la liberté.
On n'a rien
fait de mieux que les universités populaires où
la femme va s'instruire à côté de l'homme, son
camarade, où des prolétaires s'efforcent de
s'assimiler des vérités naturelles et des
lambeaux de savoir.
Il nous faut
multiplier ces universités, les vivifier,
consolider leur méthode d'enseignement. On doit y
apprendre ce que sont la Matière, l'Homme, la
Société, les rapports existant entre eux, ce que
fut l'homme, ce qu'il sera. Il faut que rien ne
nous fatigue, que rien ne nous abatte.
Le Moyen Age,
lui aussi, à un moment, semblait prêt à faire
triompher les idées généreuses. Mais le clergé
recouvrit de son ombre le mouvement qui se
dessinait et, pour des siècles, l'erreur domina
la vérité.
Nous devons
profiter de l'heure présente et ne pas nous
attarder aux choses mesquines, aux rivalités de
clans, aux vanités ridicules : la femme ne doit
pas singer l'homme dans ses erreurs.
Le duel des
sexes serait ridicule et odieux : il n'y a pas la
Femme contre l'Homme ; il y a l'Humanité.
Nous n'avons
pas à mendier ces choses mesquines qu'on appelle
des droits politiques et qui vont disparaître
avec la politique elle-même dans cette grande
refonte faisant de l'humanité une vie toute
nouvelle.
Qu'est-ce que
le droit de déléguer tous les quatre ans un
pouvoir nominal à des mandataires en comparaison
du droit naturel de penser et de vivre sans
maître en puisant dans la richesse devenue le
patrimoine de tous.
Il faut
prendre, pour en faire le bien commun de
l'humanité sans distinction de sexe, ce qui donne
la vie, la vie de la pensée comme celle du corps.
Il faut prendre la science, prendre les arts, se
les approprier et que chacun soit soi-même.
Etre soi-même
! Que la femme qui poursuit son émancipation
cesse d'être un écho, un reflet ! Qu'elle
s'affirme sans vanité comme sans peur, telle
qu'elle est. Ce qui fait que les peintres qui
sont prix de Rome n'ont jamais rien valu, c'est
qu'ils ont pris l'habitude de copier au lieur de
créer.
Agissons et
marchons vite, car nous ne sommes pas seuls et il
nous faut songer aux autres. Laissons les
réactionnaires se cramponner au passé, à leurs
institutions qui s'effondreront avec eux, les
tenant captifs comme des rats dans leurs trous.
Ils veulent vivre dans l'ornière ; pour nous,
créons les larges routes où nous ferons passer
les petits enfants. En ouvrant ces routes-là, on
peut mourir : ne le cachons pas, on ne meurt
qu'une fois et ce n'est pas grand-chose. Ceux qui
passeront les premiers seront les plus exposés :
qu'importe, toute avant-garde est faite pour être
sacrifiée.
Il ne faut
pas regarder, lorsqu'on fait une découverte, si
l'on est suivi, il faut soi-même la poursuivre.
Il y a
longtemps que le progrès serait le maître si on
avait eu plus de volonté, mais nous osons à peine
nous affranchir du joug du passé. Nous avons
partout des attaches qui nous enserrent, des
hérédités qui, d'hommes à hommes, ont passé aux
enfants. Rome et Fouilly-les-Oies ont pesé
également sur les esprits.
Il faut
s'affranchir de l'une comme de l'autre.
Il nous faut
transformer quelque chose de plus important que
les constitutions : la société, où toutes les
misères découlent les unes des autres ; la faim,
l'ignorance, la prostitution, la haine. Chez
l'être humain roulé dans toutes ces misères, qui
l'enveloppent comme les replis d'un suaire, il
peut substituer quelque chose de bon.
Les apaches
(vieux mot désignant les truands) eux-mêmes ont
leurs qualités : ils ne se trahissent pas.
Le pouvoir
abêtit les hommes ; aussi devons-nous, non point
le conquérir et nous l'arracher entre hommes et
femmes, mais l'éliminer de la société en faisant
de celle-ci une grande famille libre, égalitaire
et fraternelle, selon la belle devise maçonnique.
Les hommes de la Commune étaient individuellement
énergiques, d'une grande valeur. Membres de la
Commune, ils ne furent pas à la hauteur de leur
tâche. Ce n'est pas le gouvernement qui possède
la grande force, c'est le reflux de
revendications ouvrières qui pousse le pouvoir
dans le dos et le force à exécuter quelques
réformes indispensables. Il faut donc que notre
action active celle des pouvoirs.
Ce ne sera
pas chose facile, car la réaction se remue pour
conserver ses privilèges.
Nous allons
vers l'avenir, elle veut ramener l'humanité au
passé.
Peut-être la
violence devra-t-elle trancher ce conflit. J'ai
assisté à Londres à une réunion de nihilistes.
Il était
curieux de voir ces hommes, non pas se réjouir de
la mort de Plewhe, mais être satisfaits que
l'humanité fût débarrassée d'un obstacle
entravant sa marche en avant.
Il nous faut
dépouiller l'humanité de ses laideurs et de ses
tares. En ce moment souffle, tantôt en harmonie
tantôt en tempête, un esprit véritablement
nouveau. Il y a des grèves où on entend les
colères monter, il y a une certaine chaleur dans
les cerveaux, on cherche quelque chose, c'est une
autre orientation de l'espèce humaine, des
troupeaux qui vont vers l'idéal. Ils veulent
rompre avec le passé ; il faut que le passé soit
mort. Il appartient aux maçons et aux maçonnes de
créer la religion nouvelle, la religion sans dieu
et sans dogmes.
3°/ La courte vie maçonnique de Louise
Michel (1904-1905)
Après son
initiation, Louise Michel fit, durant les
quelques mois de sa vie maçonnique, une très
active propagande dans tous le midi de la France
en faveur de l'admission des femmes dans les
Loges du GODF et de la GLDF.
Grâce à la
propagande que lui assurent les maçons et
maçonnes, elle donne, à Rouen, une conférence
devant douze cent auditeurs. Elle y tient des
propos anti-militaristes, dont il faut bien
croire qu'ils ne manquent pas d'impact puisque,
aussitôt après, le directeur général en personne
de la sécurité publique en Italie télégraphie en
toute hâte à son homologue français pour savoir
dans quelle mesure on peut craindre au-delà des
Alpes, une visite de la redoutable agitatrice.
Louise Michel
meurt à Marseille le 10 janvier 1905 ,durant une
tournée de conférences dans le Midi.
Son corps fut
ramené à Paris et ses obsèques furent suivies par
une foule évaluée à 100.000 personnes.
Plusieurs
dossiers des archives de la préfecture de police
narrèrent la cérémonie d'enterrement ainsi que «
l'incident des emblèmes maçonniques » , épinglés
sur le cercueil par le Vénérable de "La
Philosophie Sociale" ; que des anarchistes
arrachèrent, prétextant que Louise Michel
n'appartenait à personne.
"Ce qui est sûr,
c'est que l'esprit libertaire de Louise Michel
soufflait où il voulait"
Yann Le Gigan
Paris, le 11
décembre 1999
..pour les 75
ans de la R.'.L.'. "Louise Michel" no 786 Droit
Humain Or.'. Paris
BIBLIOGRAPHIE
- Boyau, Rémy
Histoire de la Fédération française de l'Ordre
Mixte International Le Droit Humain . -
Bordeaux : Jarlet, 1975 . - 563 p.
- Charpentier
de Coysevox, Noélle
La franc-maçonnerie mixte et le Droit Humain .
- Paris : EDIMAF, 1998 . - 128 p.
- Combes, André
Les trois siècles de la franc-maçonnerie
française . - Paris : EDIMAF, 1989 . - 223 p.
- De La
Fournière, Xavier
Louise Michel ? Matricule 2182 . ? Paris :
Perrin, 1986 (p.300)
-
Hivert-Messeca, Gisèle et Yves
Comment la franc-Maçonnerie vint aux femmes . -
Paris : Dervy, 1997 . - 392 p.
- Bulletin
mensuel de la Fédération Française du Droit
Humain N° 37, oct-nov. 1966
(Extraits du Bulletin de la G.'.L.'.S.'.E.'. ,
8, rue Rondelet, Paris. 1ère année, n°3, série
2, 20 mars 1905, p. 36)
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